Ramadan aux fumoires de Khélcom et Bata: Jeûner au milieu de la fournaise et des odeurs

PHOTO BATALes femmes jouent un rôle capital dans l’accomplissement du jeûne au Sénégal et partout ailleurs en ce mois de Ramadan. Une période de forte canicule qui n’arrête pas pour autant l’engagement des ces dernières dans leurs tâches habituelles. C’est le cas des femmes transformatrices de produits halieutiques sises à la plage de Bata à Rufisque. Sur les lieux, près de 300 femmes s’activent quotidiennement sous le chaud soleil à l’écaillage, le séchage des juvéniles pour en faire du poisson séché. Une activité journalière a laquelle elles s’adonnent sous un soleil de plomb en cette période estivale. Il s’y ajoute leurs tâches domestiques et l’obligation qu’elles ont de préparer les repas pour la coupure du jeûne.


Il est un peu plus de 11 heures sur les berges de la plage de Bata. Dans cette partie du littoral rufisquois, plus d’une centaine de femmes originaires de Bargny et de Thiawlène gagnent leur pain à la sueur de leur front. Le thermomètre affiche plus de 35 degré à l’ombre de ces huttes non asymétriques qui les servent d’abris de fortune. Et pourtant, elles se donnent à fond à l’écaillage, au séchage du poisson, des étapes indispensables dans la transformation de produits halieutiques. Ndeye Asta Diouf, l’une de ces femmes, s’active sur les lieux depuis maintenant huit ans. « C’est une activité très difficile en temps normal. Vous imaginez oh combien le jeûne peu être pénible avec la Ramadan et la forte canicule », confie-t-elle, le sourire aux lèvres. Une mine joviale qui contraste avec la besogne qui portant reconnait-elle, lui procure une paix intérieure.

« C’est une activité très difficile en temps normal. Imaginez Ö combine le jeûne peu être pénible »

« J’aime venir sur le site, être en compagnie de mes camarades, veiller sur mon commerce plutôt que de rester à la maison », sérine Ndeye Asta, se tournant à l’est en direction de Bargny. Retrouvée au beau milieu d’une fumée acre, cette femme, la trentaine mal fagotée porte mal le poids de son jeune âge.
A l’heure où blanchit la bourgade Lébou distante de cinq kilomètres de Rufisque la cité coloniale, elle et ses camarades quittent Ngouye Dagua leur quartier de résidence pour rejoindre le site caractérisé par son cocktail d’odeurs piquantes. « Tout les jours, j’arpente les trois kilomètres pour regagner le site. Ceci, après avoir fini de préparer les enfants pour aller à l’école. (…). Je descends vers 16 heures pour la préparation de la rupture de jeûne et du dîner», explique Asta Diouf qui plaide pour des claies de séchage moderne.

Des journées interminables et harassantes

Dans ce lot de femmes qui s’activent au site de transformation de Bata dès le premier chant du coq figure en bonne place Astou Sene. Face à la rigueur du climat, elle a préféré s’engouffrer au fond de sa tente. C’est devenu déjà une habitude selon cette quadragénaire de se réveiller tôt et de se coucher tard pour satisfaire les jeûneurs. Une période bénie certes mais qui constitue un lourd fardeau à porter pour ces dernières. Mme Sene, première épouse d’une grande famille Lébou sise à Bargny Ngoude de confier : « Avant de m’accorder un petit sommeil, je prépare le « Kheud » pour les jeûneurs. A l’appel du muezzin, je fais le tour de la concession pour les réveiller et puis je continue avec d’autres tâches. Du coup, je suis obligé de rester éveillée ». « Avant la rupture, nous faisons le chemin inverse à défaut d’avoir une charrette pour effectuer le trajet nous sommes obligées d’avaler tout ces kilomètres à pied ».

Enthousiasme et dévouement malgré la canicule

Enthousiaste, elle ajoute que ce dévouement est motivé par un désir d’acquérir la Baraka et de voire ses enfants récolter les bienfaits à travers l’accomplissement de son devoir d’épouse soumise.
Ruisselante de sueur, sa camarade Ndeye Astou Samb de retour d’une ronde à Talata du nom de l’un des trois secteurs que compte le site, elle prend part à la discussion. Dans un élan de sympathie, elle reconnait toute la difficulté de l’activité en cette période de Ramadan. Non sans taquiner sa collègue Awo sur la capacité des Niarels (secondes épouse d’une famille polygame) à supporter les affres de la chaleur en ce mois béni de Ramadan qui coïncide avec l’été. Un rappel qui donne du baume au cœur à ces braves dames. Face à cette forte canicule qui accable toute cette partie du littoral du département les centaines de femmes sont obligées de se retrouver à certaines heures de la journée dans les abris de fortune et discuter entre femmes dans une ambiance bon enfant.