Guest édito: MARCHE, PREFET, PRESIDENT ET PARTI POLITIQUE (Dr Alioune I A Diouf)

marcheLa marche pacifique est un droit du citoyen inscrit dans notre constitution en son article 10, le rôle d’un préfet de la république qui est assigné à maintenir l’ordre public et à veiller à la sécurité des personnes et des biens dans le département auquel il exerce sa fonction. Si le préfet juge qu’une quelconque manifestation peut constituer un trouble à l’ordre public, il est de son devoir de l’annuler pour la paix et la sérénité de tous les citoyens.


Pour rappel, le préfet est le représentant de l’Etat dans le département. Il est nommé par décret du Président de la République, pris en Conseil des Ministres, sur proposition du Premier Ministre et du ministre de l’Intérieur. C’est par exemple lui qui est en charge de la police des étrangers ou qui dirige et coordonne l’action des forces de la police nationale  et de la gendarmerie, il veille aussi au bon déroulement des élections.

Mais voilà, au Sénégal, le constat est que ce même préfet dépend du gouverneur qui dépend du Ministre de l’intérieur qui rend compte au président-chef de parti, ce qui fait qu’il est en situation de service commandé comme à l’armée, cette situation étant héritée de l’époque coloniale (visez bien leur tenue militaire portée par un civil!… le fait qu’ils géraient des cantons administratifs avec un rôle seigneurial voir dictatorial).

En pratique le président abuse de son autorité en soumettant ces vaillants représentants de l’état au sabotage systématique des marches initiées par la société civile, les syndicats et surtout les partis de l’opposition tout en favorisant les marches de ses sympathisants. Tout y passe, troubles à l’ordre publique, problème d’itinéraire, pas de moyens d’encadrement… et autant de moyens de faire reculer notre jeune démocratie.

La double casquette du Président de la république et chef de parti en même temps fait qu’il entraine tous les serviteurs qui dépendent de lui dans une spirale de Parti avant la nation les transformant ainsi en praticiens servant le parti au pouvoir en lieu et place de la nation qui paie leur salaires.

Pourtant, on a eu droit au beau slogan de « la patrie avant le parti » qui s’est lamentablement exprimé de manière inverse, pourquoi n’a-t-on pas un Président chef d’état qui délègue la gestion de son parti à un dauphin politique ? Cette séparation pourrait ainsi éviter les conflits d’intérêts occasionnés et plongeant le pays dans une spirale de répression-sabotage qui ne dit pas son nom.

La marche pacifique est possible si elle est autorisée, planifiée et encadrée par un travail faisant intervenir les organisateurs, le préfet et les services de police afin de parer à toutes éventualités (les casses, les infiltrations de saboteurs…) , elle permet aux dirigeants de faire face à la grogne sociale et de prendre des mesures de concertation voir d’apaisement, elle est aussi un outil d’expression pacifique d’un mécontentement pouvant prévenir des formes plus violentes tels que les émeutes et autre casses.

Je préconise donc que le président élu par ses concitoyens soit exclusivement à leur service de même que ses affidés du corps administratif et gouvernemental, il devra laisser son parti politique aux soins d’un dauphin désigné ou élu par ses pairs au sein du parti et de ce faite, nous aurons une architecture de gouvernance impartiale et neutre pour le plus grand intérêt de la nation.

La transparence et la bonne gouvernance ne seront obtenues que par des pratiques neutres et à équidistance de tous les acteurs qui animent notre nation, les partis politiques sont des véhicules d’accession au pouvoir, le président l’emprunte pour se faire et le gare devant l’impératif de représentant numéro UN du peuple et gardien de sa constitution, l’opposition s’oppose et la population et sa société civile s’exprime pacifiquement… c’est cela une Nation !

Dr Alioune Ibnou Abytalib Diouf
Pharmacien humanitaire
Spécialiste en développement local et ingénierie sociale
Tel: 00221776519646